Opinion Way
22/07/2017
Législatives 2017 : « En Marche » vers une majorité ?
Par Bruno Jeanbart / 03/05/2017 / 6 Réactions

Méthodologie

L’objectif de cette étude est de comprendre ce que les rapports de force électoraux enregistrés au premier tour de la présidentielle le 23 avril impliquent dans la perspective des législatives de juin.

Pour anticiper la configuration de la nouvelle assemblée, nous avons modélisé dans chacune des circonscriptions métropolitaines hors Corse les résultats du scrutin à venir (soit 535 au total). En effet, l’élection des députés en Outre-mer, en Corse et pour les Français de l’étranger répondent à des logiques différentes, notamment en raison de la présence de candidats « régionalistes » en Outre-mer et en Corse. La modélisation a été réalisée de la manière suivante :

  • Tout d’abord, nous avons réalisé des enquêtes nationales d’intention de vote au premier tour des législatives. Nous sommes partis de l’hypothèse que chaque grand force politique représentée à la présidentielle présenterait des candidats dans chacune des circonscriptions, à savoir l’extrême gauche, le bloc apparenté à Jean-Luc Mélenchon (Parti Communiste et Parti de Gauche en alliance), le Parti Socialiste (allié à EELV), En Marche d’Emmanuel Macron, Les Républicains et l’UDI en alliance, Debout la France et le Front national. Nous avons aussi laissé aux personnes interrogées la possibilité d’exprimer une intention de vote pour un candidat représentant une autre force politique.
  • Ensuite, nous avons modélisé le résultat national de ces intentions de vote dans chaque circonscription à partir d’un modèle statistique prenant en compte les résultats des élections de 2012 (présidentielle et législatives), des régionales de 2015 et du premier tour de la présidentielle 2017.
  • Nous avons également appliqué aux sortants qui se représentent (pour ceux dont nous avions l’information à ce jour) un bonus, calculé à partir des résultats constatés lors des élections législatives précédentes. La situation du Parti Socialiste étant très atypique aujourd’hui (de nombreux sortants mais un score très faible à la présidentielle), nous avons intégré dans le calcul de cet « effet sortant » les législatives de 1993, point bas de l’histoire électorale du PS. Bien que le découpage électoral ait changé depuis, cette élection est une bonne référence puisqu’il permet de travailler à partir d’une hypothèse très défavorable au PS et de mieux tenter d’évaluer sa résistance grâce à son implantation locale.
  • Nous avons retenu une hypothèse de participation au scrutin de juin comparable à celle des es législatives de 2012.
  • Cela nous permet d’estimer pour chaque circonscription la configuration de l’offre électorale de second tour. Pour évaluer le potentiel d’élus par force, nous avons appliqué enfin des matrices de transfert correspondant à chaque configuration de second tour. Ces matrices combinent à la fois les reports de voix de nos enquêtes réalisées les jours de scrutin sur de grands échantillons (6000 à 10000 personnes selon les scrutins) et une analyse statistique des reports de voix à partir des résultats des scrutins de 2012 (législatives) et 2015 (départementales), selon le type de configuration au second tour.

    Comme tout travail de ce type, les résultats sont soumis aux hypothèses retenues. Ils permettent de commencer à appréhender les bouleversements de l’offre politique survenue cette année avec l’émergence du vote pour Emmanuel Macron.

    Une offre de second tour particulièrement éclatée

    Alors que jusqu’en 2012, la norme des affrontements de second tour consistait en des duels gauche / droite, cette configuration s’annonce minoritaire en 2017, conséquence logique des bouleversements électoraux enregistrés depuis 2012 et de ceux du premier tour de la présidentielle de 2017 , avec l’élimination des candidats des deux principaux partis de gouvernement. En 2012, les duels traditionnels gauche / droite dominaient l’offre de second tour (420). Ils disparaissent cette année au vu de la percée d’Emmanuel Macron et des effets qu’elle engendrera au mois de juin (cf. tableau ci-dessous). Le bouleversement politique majeur auquel nous assistons ne se limitera donc pas à l’élection présidentielle. De ce point de vue, les législatives seront cette année encore, comme c’est le cas depuis le passage au quinquennat, une réplique de la présidentielle et se traduiront par une offre éclatée traduisant à sa manière l’émergence de 4 forces politiques assez proches électoralement.



    Comme l’indique ce tableau, l’une des principales incertitudes concerne le rapport entre le nombre de qualification des candidats d’En Marche et celle des candidats de gauche (principalement du Parti Socialiste) dans l’hypothèse de duels avec le Front National. Malgré les référents historiques utilisés, la capacité du PS de bénéficier d’un « effet sortant » lorsque l’un de ses élus se représente rend la modélisation bien plus complexe qu’habituellement. Dans une trentaine de circonscriptions, il n’est guère aisé de déterminer qui du candidat « macroniste » ou socialiste se qualifiera pour affronter le FN au second tour.

    En Marche bien placé pour être a minima le premier groupe parlementaire de la future Assemblée

    Cette configuration de second tour avantage fortement En Marche et, dans une moindre mesure, Les Républicains et l’UDI. En effet, le nombre élevé de duels qui les opposeraient au FN leur permet de remporter un nombre conséquent de circonscriptions au second tour. Résultat, ces deux blocs peuvent espérer obtenir chacun plus de 200 sièges (sur les 535 étudiés). Le net avantage d’En Marche par rapport à l’alliance LR-UDI provient de la capacité des candidats d’Emmanuel Macron à remporter plus de 70% des duels qui les opposent. Pour inverser la tendance, la droite devra sur-mobiliser son électorat en juin prochain, ce qui n’est pas le cas pour le moment dans nos mesures d’intentions de vote.



    L’incertitude pour En Marche réside dans la plus ou moins grande résistance du PS au premier tour. La trentaine de circonscriptions dans laquelle la qualification face au FN se joue entre ces deux forces impacte fortement le nombre d’élus du futur parti d’Emmanuel Macron : s’il s’impose face au PS dans la plupart d’entre elles, son nombre d’élus sera suffisant pour disposer d’une majorité absolue en juin (avec l’apport d’élus supplémentaires en Outre-mer et parmi les députés des Français de l’étranger). Si au contraire c’est le PS qui s’impose dans ces mêmes circonscriptions, il lui manquera probablement des élus pour être majoritaire seul, mais il sera nettement le premier groupe parlementaire.

    Pour la gauche, ce scrutin s’annonce extrêmement périlleux : les socialistes seraient les premières victimes de l’émergence d’En Marche et pourraient se retrouver, au mieux, dans la situation de 1993. La gauche radicale ne bénéficierait pas du score remarquable de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.

    Enfin, pour le Front National, la perspective de pouvoir constituer un groupe semble réelle. Mais le parti de Marine Le Pen, bien que présent dans plus de 300 circonscriptions au second tour, risque de souffrir une nouvelle fois de ses difficultés à remporter des seconds tours au scrutin majoritaire.

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Cette entrée a été commentée 6 fois

Rédigé par: Yves Vandecandelaere

Le 04/05/2017 à 10h47

Le vote au scrutin majoritaire permet d’éviter une chambre des députés sans majorité. Un vote à la proportionnelle aurai créé un fameux bazar. Ou j’ai rien compris ?

Rédigé par: Marc LE TOURNEUR

Le 04/05/2017 à 11h59

Sans accès aux conditions et résultats du sondage d'intentions de vote premier tour des législatives, cette étude est sujette à caution, je cite simplement les faits suivants: 1 - Le vote pour Jean-Luc Mélenchon n'a pas été perçu par ceux qui l'ont fait comme un vote "d'extrême gauche" comme le qualifie le commentaire du sondage: plus de 30% d'électeurs d'extrême gauche dans une ville de 270 000 hab comme Montpellier, c'est absurde! 2 - Les candidats soutenus par JL Mélenchon se présenteront sous l'étiquette "France Insoumise" et non "Front de gauche" appellation perçue dans ma région comme associée à PCF et non à Mélenchon qui a fait toute sa campagne comme Macron sous une autre étiquette. Ou alors, il faut qualifier les électeurs d'En Marche de MODEM... 3 - Pour quelle raison étrange, on retient "En Marche" pour l'un et pas "France Insoumise" pour l'autre?

Rédigé par: Bruno Jeanbart

Le 04/05/2017 à 14h39

@Yves Vandecandelaere : en partie seulement. Une élection à la proportionnelle aurait évité à Macron le risque (faible mais existant si vous lisez le papier) d'une majorité contraire. Il aurait pu plus facilement nouer des alliances avec une partie du PS ou l'UDI et être sur d'avoir une majorité de projet. En revanche, avec le scrutin majoritaire, il peut dépasser la majorité absolue, ce qu'il n'aurait jamais pu espérer à la proportionnelle. Bref, c'est entre les deux :-)

Rédigé par: Bruno Jeanbart

Le 04/05/2017 à 14h58

@Marc LE TOURNEUR : concernant vos remarques, voici ce que je peux vous dire 1 : Si vous lisez mon papier, je ne parle pas d'extrême gauche pour JLM, mais de gauche radicale. Le terme ne vous convient peut être pas, mais il est assez usuel pour ce courant (afin de le distinguer de la gauche socialiste). Il n'est pas utilisé en revanche pour l'enquête 2 : nous n'avons pas utilisé France Insoumise car nous pensons que le terme est moins connu des électeurs et que par ailleurs il est probable que les candidats de ce courant se fasse en alliance avec les autres forces qui ont soutenu JLM, comme ce fut le cas depuis 2012. Si ce n'est pas le cas, ce sera un handicap supplémentaire car cela rajouterait de la division auprès de cet électorat 3 : Pour la courant Macron, on retient En Marche car ils seront étiquetés comme cela et il n'y a pas de référence passée, contrairement au bloc "Mélenchon"

Rédigé par: Marc Le Tourneur

Le 04/05/2017 à 16h23

Par expérience car, participant à la campagne de la FI de l'intérieur depuis le début, je pense que vous faites une erreur copmme d'autres de vos collègues du CEVIPOF. La campagne de la France Insoumise a été différente des campagnes menées sous les étiquettes Front de Gauche: elle a été extrêmement active, des centaines de milliers de gens y ont participé, en général des néo-militants. Sur une ville comme Montpellier où j'habite, la présence dans la rue a été très supérieure et de loin à l'addition de tous les autres participants à cette élection cet à tout ce qu'on a vu depuis au moins 20 ans. J'ai 68 ans et je suis un observateur très attentif depuis des décennies. Il s'est passé quelque chose qui est passé sous l'écran radar des politistes. L'affluence spectaculaire dans tous les meetings n'a pas été un accident. Et le concept "insoumis" est passé dans le langage de la rue hors monde militant, où le concept "front de gauche" a disparu du langage. Vous risquez des surprises si vous n'utilisez pas le mot France Insoumise, ou insoumis d'autant plus que ce sera le nom de tous les candidats si ils veulent pouvoir utiliser le nom et le soutien de Mélenchon. C'e sera une condition non négociable.

Rédigé par: Chtiwelsh **

Le 06/05/2017 à 14h19

Etude intéressante mais qui se base sur une hypothèse de participation équivalente à celle de 2012. J'ai plutôt l'impression que les recompositions politiques en cours provoqueront une participation accrue en juin et donc bien plus de 32 triangulaires notamment au vu des résultats serrés du 1er tour. Cela risque de profiter mathématiquement au FN et au détriment essentiellement de LR et de En Marche dans une moindre mesure. Qu'en pensez vous? Que mesurez vous sur l'évolution de la participation différenciée ou non?

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