Opinion Way
23/04/2017
Une autre façon de mesurer les intentions de vote
Par Bruno Jeanbart / 20/04/2017 / 2 Réactions


Le premier tour de l’élection présidentielle dimanche s’annonce très incertain si l’on étudie de près les sondages d’intentions de vote, compte tenu des marges d’erreur. Il l’est d’autant plus dans une période de profond bouleversement de l’offre politique et dans une campagne marquée par des événements exogènes (les affaires). Dans un souci permanent d’amélioration de nos outils, nous travaillons depuis près de deux ans avec SLPV Analytics et Antoine Moreau notamment, afin de modéliser, à partir de nos enquêtes, ce que pourraient être les rapports de force le jour du scrutin. Au final, cette démarche permet à la fois d’établir des « intentions de vote », comme pour l’exploitation traditionnelle d’un sondage, mais également de comprendre quelle pourrait être la diffusion géographique du vote dimanche prochain.

Le principe de la modélisation

On constate souvent que les sondages sont plus efficaces pour comprendre les structures des électorats que pour mesurer avec précision les niveaux finaux des différents candidats. Nous sommes partis de ce constat (que nous avons pu par ailleurs vérifier lors de la primaire de la droite en construisant un premier modèle) et avons imaginé dès lors une méthode alternative d’exploitation des sondages, sur un principe relativement simple :

  • SLPV Analytics a construit une modélisation économétrique des intentions de vote, en fonction des caractéristiques des interviewés (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, diplôme, type d’habitat, locataire/propriétaire, région d’habitation) et de leur vote passé (à la présidentielle de 2012 et éventuellement aux régionales de 2015), sur la base de nos données collectées pour le PrésiTrack©. Les résultats présentés ici reposent sur les données du 30 mars au 13 avril, soit plus de 4000 personnes certaines d’aller voter (et environ 7000 personnes interrogées au total).
  • Puis, en utilisant les données de l’Insee ou du ministère de l’intérieur, disponibles sur l’Open Data ou le site de l’Insee, au niveau de chaque commune, nous avons projeté ce modèle sur toutes les communes de France, afin de calculer le résultat théorique de chaque candidat dans le cadre de cette unité géographique. Une fois cette projection effectuée, nous agrégeons les données pour calculer le score de chaque candidat au niveau national. Les résultats sont présentés ci-dessous, dans l’hypothèse où seule la présidentielle de 2012 dans le modèle.

Suite au travail effectué lors de la primaire de droite, nous avons par ailleurs décidé de ne pas traiter les candidats à « petit score » individuellement. En effet, leur structure de votants, en raison des effectifs notamment, est parfois trop fragile pour les traiter individuellement.



Le résultat de cette hypothèse montre des différences sensibles avec nos enquêtes actuelles : Emmanuel Macron est certes toujours en tête, mais talonné par François Fillon et Marine Le Pen n’est que troisième avec 21%. En revanche, les scores et places de Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon sont très proches de notre dernière enquête.

Qu’en est-il si l’on intègre les régionales de 2015 ? Le résultat est alors bien différent, ne serait-ce que sous l’angle de la qualification au second tour (graphique ci-dessous).



Dans cette hypothèse, c’est Marine Le Pen qui est en tête du premier tour, avec 24,2%. L’écart entre Emmanuel Macron et François Fillon est un peu plus important, (22,3% contre 21%) mais demeure relativement serré. En revanche, l’intégration des régionales produit peu d’effet sur Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon (17,8% et 8% respectivement.

Sur le blog de SLPV Analytics, Antoine Moreau a également commenté ce travail et présenté des données par région et département, ce que nous faisons ci-dessous également. Plus intéressant encore, il a probabilisé les chances que surviennent les différents second tour selon le modèle. Dans celui intégrant le vote aux régionales, la probabilité d’un second tour Marine Le Pen/Emmanuel Macron est de 67%. Vient ensuite un possible duel Marine Le Pen/François Fillon, à 32%. Le 1% restant étant un second tour Emmanuel Macron/François Fillon.

Si on ne tient pas compte du vote aux régionales dans la modélisation, les choses sont différentes : 84% pour un second tour Emmanuel Macron/François Fillon, 14% Marine Le Pen/Emmanuel Macron et 2% Marine Le Pen/François Fillon.

Enfin, cette méthode permet de cartographier les zones de forces et de faiblesses prévisibles de chaque candidat dimanche. Voici quelques cartes pour illustrer cela.







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Cette entrée a été commentée 2 fois

Rédigé par: Pierre Szentmihalyi

Le 21/04/2017 à 21h18

Merci pour cette fascinante analyse. Les élections régionales avec leur taux élevé d'abstention et leur enjeu limité sont-elles un élément pertinent pour prévoir le résultat du 1er tour d'une présidentielle?

Rédigé par: Mehdi Boulhimez

Le 22/04/2017 à 14h44

Normalement les sondages se trompent sur les "petits candidats", or votre modèle sous estime trop Nicolas Dupond Aignan (4% dans les intentions de vote pour la majorité des instituts).

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