Opinion Way
24/11/2017
Quand les Français cherchent à convaincre leurs proches de voter comme eux
Par Eléonore Quarré / 19/04/2017 / 0 Réactions

A quelques jours des échéances électorales, plus d’un Français sur trois n‘est toujours pas certain du candidat pour qui il votera (36%) 1. Parcourir les programmes, faire un choix, confier les clefs de l’Elysée au plus convaincant ou au moins inquiétant relève d’un choix cornélien pour ces Français qui continuent de douter. Le retour, à la dernière minute, de candidats que l’on n’attendait plus et l’effondrement d’autres viennent troubler ce jeu qui depuis le début de la campagne s’annonçait inhabituel. Le choix se complique.

Pourtant, à l’inverse de ces Français sceptiques et dont le choix n’est pas encore arrêté, une autre partie de la population sait très bien pour qui elle veut voter. Elle en est certaine, mais veut aller au-delà et influencer la décision électorale des autres. Aujourd’hui, 30% des Français ont déjà essayé de convaincre un de leurs proches de voter pour le candidat qu’eux-mêmes ont choisi 2.



  • Dans la sphère personnelle, la politique est présente et les discussions abondent : 69% des Français reconnaissent qu’ils abordent souvent ce thème avec leur conjoint 3. Ce dernier devient alors naturellement la première cible des tentatives de prosélytisme : 22% des Français ont usé d’arguments pour décider leur partenaire à voter pour leur candidat. Les hommes qui, comme on le voit souvent dans les études se montrent plus affirmatifs, plus sûrs de leurs opinions, cherchent davantage à convaincre leurs femmes (26%) que ces dernières leurs époux (18%). Les amis, autres membres choisis de son entourage, arrivent ensuite : 19% des Français ont chanté les louanges de leur candidat auprès de leurs relations amicales. Si toutes les générations cherchent à inciter leurs amis à voter comme eux, les seniors s’appliquent davantage (25% des personnes âgés de 65 ans et plus) alors que les plus jeunes mettent tout juste le premier pied dans ce jeu (17%).
  • A quelques jours du scrutin, et alors que près du quart des Français se décide dans les derniers jours précédant le vote, le week-end de Pâques, week-end traditionnellement familial, a probablement été le théâtre de discussions animées. Toutefois, les Français montrent une plus grande réserve lorsqu’il s’agit de convaincre les membres de leur famille. Parce qu’ils partagent déjà les mêmes convictions ou parce qu’ils savent que c’est un combat perdu d’avance, ils cherchent moins à faire adhérer leurs parents (16%), leurs enfants (15%) ou encore leurs frères et sœurs (14%) à leur candidat. On notera néanmoins que les cadres et professions intellectuelles supérieures visent plus souvent à imposer leur candidat politique à leur famille.
  • En dehors de la sphère personnelle, le débat politique existe également sur le lieu de travail et n’est clairement plus un tabou : 17% des actifs ont cherché à convaincre leurs collègues de voter pour leur candidat préféré. Les ouvriers (21%) et les artisans, commerçants et chefs d’entreprise (27%) prêchent plus souvent la voie à suivre selon eux auprès de leurs collègues.


Tous nos proches sont donc susceptibles de vouloir influencer notre vote. Mais au final, la question majeure consiste à savoir qui, de tous les candidats ayant une chance d’accéder au second tour, dispose de la base la plus mobilisée pour engendrer une adhésion en sa faveur. Si tous ont un socle de citoyens actifs qui jouent les prescripteurs, du simple sympathisant au militant encarté, l’un des candidats a su créer une dynamique plus importante dans son camp : il s’agit de François Fillon. Celui qui avait subi une défection importante de la part des cadres de son parti peut très largement compter sur sa base non professionnelle pour défendre sa candidature puisque près d’un Français sur deux ayant l’intention de voter pour le candidat LR en fait la promotion autour de lui et essaie de transformer le vote de ses proches (44%). En deuxième position, Marine Le Pen peut compter sur une large part de ses soutiens pour diffuser son programme (39%). Les discussions en faveur de la candidate du Front National semblent d’ailleurs avoir largement investi les espaces de travail : 26% des Français acquis à sa cause essayent de convaincre leurs collègues de voter pour elle (contre 14% pour François Fillon).

Les Français soutenant des candidats de gauche donnent le sentiment d’être un peu moins combatifs ou un peu plus souvent dans l’entre soi politique. Avec respectivement 36% et 35% de leurs soutiens cherchant à mobiliser en leur faveur, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon arrivent en troisième et quatrième positions. Parmi les principaux candidats, Emmanuel Macron est celui qui affiche le moins de soutiens actifs cherchant à convaincre des membres de leur entourage proche. La base électorale du candidat d’En Marche ! est celle qui s’investit le moins, qui cherche le moins à convaincre sa famille, ses amis qu’il faut voter pour lui (29%).

Deux explications peuvent être avancées pour comprendre cette faible mobilisation. La première est due à sa position de favori : vainqueur pressenti du scrutin, Emmanuel Macron aurait une voie toute tracée devant lui et ses électeurs ne ressentiraient pas le besoin d’entretenir, d’alimenter la dynamique, de susciter davantage l’adhésion. La seconde explication tient à la volatilité des électeurs observée au cours de cette campagne : 65% de ses potentiels électeurs sont certains de glisser un bulletin de vote à son nom dans l’enveloppe le jour du scrutin. Emmanuel Macron dispose ainsi d’une base électorale moins stable, moins assurée que celle de de Marine Le Pen (82%) ou François Fillon (79%). Doutant davantage de leur vote, les Français envisageant de voter pour le candidat d’En Marche ! éprouveraient alors plus de difficultés à endosser le rôle de prescripteurs et à vouloir orienter le vote de leurs proches.


* * *

Le vote est imminent et aujourd’hui quatre candidats sont susceptibles de se retrouver pour le face-à-face du second tour. François Fillon serait le principal candidat avantagé par cette propagande informelle, qu’elle se présente sous la forme de conversations de machine à café, de débats à l’heure de l’apéritif entre amis ou de discussions autour de repas dominicaux en famille. Mais cette campagne parallèle peut-elle avoir un véritable impact sur l’issue du vote ? Si 24% des Français n’estiment pas seulement avoir essayé mais bien réussi à faire adhérer au moins un de leurs proches à leur vote, quelle est la probabilité que cette influence soit pérenne ? Les amis, les enfants, les collègues séduits par leur discours ne cèderont-ils pas à d’autres sirènes ? Les prescripteurs, eux-mêmes, ne se laisseront-ils pas convaincre par un de leurs proches ?


Eléonore QUARRE
Chef de groupe
Département Opinion & Politique
Direct : +33 1 81 81 83 00

* * *

1 Etude OpinionWay réalisée en ligne les 12 et 13 avril 2017 auprès d’un échantillon de 1054 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence.

2 Chiffre provenant de la même étude.

3 Etude « Famille, amour, amis et politique » réalisée en ligne par OpinionWay pour le CEVIPOF du 1er juin au 8 juillet 2011 auprès d’un échantillon de 1908 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence.

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