Opinion Way
24/11/2017
La percée
Par Caroline Vigneront
- Co-directrice d’InnovativeWay / 12/01/2017 / 16 Réactions

27 novembre 2016 : avec 66,5% des voix, François Fillon emporte les primaires ouvertes de la droite et du centre. Et pourtant trois semaines auparavant le candidat n’obtenait que 15% dans les intentions de vote. C’est le 17 novembre que la campagne bascule pour François Fillon qui est alors crédité de 25% des intentions de vote. Ce bond brutal constitue une surprise pour l’opinion publique, les acteurs et observateurs de la politique : François Fillon s’impose comme le potentiel candidat de la droite et du centre pour les présidentielles 2017.

Nous avons cherché à comprendre les raisons de cette montée fulgurante d’un candidat, jusque-là plutôt en retrait, face au duel annoncé entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Pour cela, nous nous sommes entretenus avec des électeurs de la primaire* pour décrypter cette période et identifier les catalyseurs de cette montée soudaine. Retour sur image sur la « percée Fillon ».

Une campagne qui démarre timidement.

A l’orée de la campagne électorale, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé apparaissent comme les plus légitimes et crédibles pour non seulement remporter la première marche menant à la présidentielle, mais aussi pour battre la gauche et le Front National. Hormis ces deux grands favoris, les intentions de vote laissent peu d’espoir aux autres candidats, aucun n’étant en mesure de s’imposer comme « le troisième homme ». Loin derrière les deux favoris, François Fillon fait jeu égal avec Bruno Le Maire pour la troisième place. Pour nos interviewés, l’ancien Premier ministre apparait alors comme un homme de pouvoir, discret et « qu’on connait peu », « qu’on n’arrive pas à cerner ». Ce relatif manque d’aspérités semble le desservir au profit de Bruno Le Maire, symbole d’une forme de renouveau du paysage de la droite et du centre.
Lors de cette période de pré-campagne, l’intérêt ressenti par un grand nombre d’électeurs pour ces primaires est assez faible. Cette distance est due d’une part au manque de visibilité des candidats et de leurs campagnes respectives, et d’autre part à la place occupée par les élections américaines.

A partir de début novembre, la campagne s’accélère.

Malgré la montée en puissance annoncée et observée des réseaux sociaux, sites d'informations et blogs, la télévision a (encore) joué un rôle crucial dans ces primaires. 74% des électeurs de la primaire déclarent s’être forgés leurs convictions au travers de la télévision (selon notre sondage réalisé le jour du vote - 1er tour. A grand renfort de débats, interviews, émissions politiques, les Français ont été immergés dans un climat médiatique politique soutenu. L’accumulation en un temps très courts de contenus a (ré)activé l’intérêt des électeurs. Un intérêt partagé par de nombreux Français puisque les débats rassemblent à eux seuls plus de 13,6 millions de téléspectateurs en audience cumulée sur l’ensemble des débats, alors même que les débats de la primaire de la gauche en 2011 n’avaient, quant à eux, rassemblés que 7 millions de téléspectateurs.

Ces rendez-vous télévisés successifs ont permis à François Fillon de faire évoluer son image. Et c’est notamment lors du second débat du 3 novembre, qu’il semble avoir conquis un corps électoral jusque-là indécis ou résigné au duel annoncé. Pour les téléspectateurs, il est apparu « calme, posé, serein, sûr de lui » . Au-delà de son programme et de l’énonciation de ses arguments avec clarté, il a donné à voir de lui une forme de rigueur et une sensibilité religieuse laissant entrevoir certaines valeurs. Quelques jours plus tard, l’émission de Karine Le Marchand « Ambition intime » est venue renforcer cette « bonne impression » . François Fillon s’y est montré plus humain, sensible, avec des faiblesses et une forme de confiance en lui rassurante pour les électeurs. Cette puissance médiatique est venue pleinement nourrir les stratégies des électeurs. Des stratégies développées principalement sur la dernière ligne droite, et qui peuvent être résumées en 4 profils :

  • Le « Sarkobasher» a la volonté d’évincer Nicolas Sarkozy du second tour, en misant sur le troisième homme le plus enclin à dépasser l’ancien président de la République pour rejoindre Alain Juppé lors du second tour : « Il faut vraiment qu’il arrête maintenant, il devient ridicule »
  • Le rebelle, qui veut aller à l’encontre de ce qu’on lui dit de faire. En réaction aux analyses politiques et aux sondages, il opte pour un choix en accord avec ses valeurs et croyances. Opposé à l’élan général, il ne veut pas se résoudre au face à face imposé : « Je me sens manipulé par les médias et je suis capable de réfléchir par moi-même pour savoir qui serait le meilleur »
  • Le suiveur, quant à lui, préfère « miser » sur le gagnant attendu, voler au secours de la victoire sans prendre de risques : « Je suis le mouvement pour être sûr d’avoir un vrai gagnant ».
  • L’inquiet analyse tous les scenarii et cherche à minimiser les risques pour l’élection présidentielle dans un premier temps et le quinquennat ensuite. Pour lui, l’âge d’Alain Juppé apparait comme un frein fort à son éligibilité : « On le sent déjà fatigué, comment sera-t-il dans 6 mois ? dans 4 ans ? »

Des votes stratégiques qui ont permis à François Fillon de s’imposer comme la solution de compromis idéale. Aussi rassurant et expérimenté qu’Alain Juppé de par son parcours (Premier ministre) mais plus jeune. Et aussi volontaire et « radical » que Nicolas Sarkozy mais plus calme et plus respectueux.

Dans ce contexte, c’est donc une accumulation de micro évènements qui est venue soutenir la « percée Fillon ». D’une part, il a su se présenter comme un homme rigoureux, convaincu, convainquant, sensible et humain. D’autre part, il a pu profiter des faux pas de ses principaux adversaires venant renforcer des stratégies établies par les électeurs.

Que retenir de la « percée Fillon » pour les prochaines élections ?

Il est indéniable que la télévision a joué un rôle majeur dans cette campagne et qu’elle reste le média de masse de la sphère politique. Il faudra donc très certainement garder les yeux aussi bien sur elle et l’ensemble des émissions et débats qu’elle diffusera que sur les réseaux sociaux.

Dans une primaire, plus que dans toute autre élection, les électeurs ont une volonté de bousculer le jeu pré-établi et ont besoin de renouveau. Ils sont impliqués et engagés, comme le confirme les 4,3 millions d’électeurs qui ont exprimé leurs suffrages. Au-delà des votes émotionnels, au-delà des convictions et sensibilités politiques, les électeurs élaborent des stratégies pour pouvoir « regarder fièrement leur nouveau président » en 2017.

Pour nous sondeurs, c’est un défi supplémentaire dans la mesure des intentions de vote, notamment dans ce nouveau type de scrutin. Les résultats de nos enquêtes influent sur le débat médiatique et bouleversent ces éventuelles stratégies mises en place par les électeurs. Il est de notre responsabilité de rappeler la marge d’incertitude que comportent nos mesures et de rappeler que l’intention de vote n’est qu’une mesure parmi d’autres dans celles que nous effectuons, qui ne doit pas concentrer toute l’attention. Dans nos enquêtes sur les primaires, de nombreuses questions sur les enjeux du vote ou l’image des candidats méritaient une aussi grande attention pour comprendre ce qui était en train de se jouer.


* Méthodologie : réalisation de 8 entretiens téléphoniques d’une durée de 20 à 30 mn réalisés entre le 5 et le 9 décembre 2016 auprès d'électeurs de la primaire de la droite ayant déclaré vouloir voter pour un autre candidat (Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire ou Alain Juppé) que François Fillon avant le premier débat télévisé et ayant déclaré vouloir voter pour François Fillon après le second débat.

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Cette entrée a été commentée 16 fois

Rédigé par: Jacqueline Vigneront

Le 12/01/2017 à 21h08

Remarquable analyse !

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Le 05/03/2017 à 08h49

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