Opinion Way
23/04/2017
Législatives 2017 : vers une recomposition inédite ?
Par Etude réalisée par OpinionWay et la Lettre de l’opinion / 22/06/2016 / 2 Réactions
Etude réalisée par OpinionWay et la Lettre de l’opinion

Méthodologie

L’objectif de cette étude est de comprendre ce que les rapports de force électoraux enregistrés lors des deux élections de 2015 impliquent dans la perspective des législatives de l’an prochain.

Nous avons travaillé tout d’abord sur une projection des résultats du premier tour, dans chaque circonscription métropolitaine, à partir des résultats du premier tour des régionales. Toutefois, compte-tenu des règles de qualification pour le second tour des législatives (obtenir 12,5% des inscrits), nous avons choisi de réaliser cette projection selon deux hypothèses de participation puisque celle-ci impacte fortement la possibilité des candidats de pouvoir se maintenir. Les deux hypothèses retenues sont les suivantes :

  • La première est fondée sur la participation constatée au premier tour des élections régionales dans chaque circonscription ; carte 1
  • La seconde est fondée sur la participation constatée au premier tour des élections législatives de 2012 dans chaque circonscription. carte 2

Ce résultat permet de présenter, pour chacune de ces hypothèses, une carte des configurations de l’offre électorale au second tour dans chaque circonscription.

Dans un second temps, nous avons calculé ce que pourraient être les résultats du second tour dans chaque circonscription, toujours à partir des données électorales enregistrées en 2015.

Cette projection (graphique p.8) a été calculée en retenant les principes suivants :

  • lorsque la configuration du second tour dans la circonscription correspondait à celle du second tour des régionales de 2015, nous avons appliqué le résultat constaté lors de ce second tour de 2015 ;
  • lorsque la configuration du second tour dans la circonscription était différente de celle du second tour des régionales de 2015, nous avons appliqué des matrices de transfert pour le second tour correspondant à la configuration projetée dans la circonscription (Droite / Gauche; FN / Gauche; FN / Droite ; FN / Gauche / Droite).

Ces matrices ont été réalisées en combinant deux sources :

  • les enquêtes réalisées par OpinionWay sur de grands échantillons (6000 personnes) le jour du second tour des départementales 2015 ;
  • une analyse statistique des reports de voix à partir des résultats des scrutins de 2012 (législatives) et 2015 (départementales), selon le type de configuration au second tour.

Comme tout travail de projection, les résultats sont soumis aux hypothèses retenues. Ils n’intègrent pas bien entendu l’effet des résultats de la présidentielle de 2017 sur le scrutin législatif, mais ils permettent, en comparant avec la situation enregistrée aux législatives 2012, d’anticiper les bouleversements de l’offre politique qui s’annoncent pour 2017.

La confirmation d’un changement de la norme de l’offre de second tour

Alors que jusqu’en 2012, la norme des affrontements de second tour consistait en des duels gauche / droite, on peut d’ores et déjà anticiper que cette configuration sera minoritaire en 2017, quelle que soit l’hypothèse de participation retenue.

Sur les 539 circonscriptions métropolitaines, nous n’obtenons au mieux que 169 cas de duels gauche / droite, alors que cela concernait 420 circonscriptions en 2012. Pour mémoire, sur 555 circonscriptions métropolitaines à l’époque, ce nombre était de 430 en 2007, de 451 en 2002 et de 399 en 1997. Même lors des législatives de 1993, catastrophiques pour la gauche, le nombre de duels gauche / droite au second tour était de 3351. Nous passerions donc d’une situation où cette offre représentait entre 60 et 80% des cas de second tour à une élection dans laquelle elle ne pèserait que de 23 à 31% des situations. Toutefois, à cette norme du duel gauche / droite ne se substituerait pas une autre norme mais un éclatement de l’offre électorale.

Dans l’hypothèse d’une participation basse (type régionales 2015), la configuration la plus fréquente (droite / FN) ne représenterait que 42% des cas et resterait donc minoritaire, contre 31% pour un duel gauche / droite et 22% de duels gauche / FN. Dans l’hypothèse d’une participation haute (type législatives 2012), la configuration la plus fréquente (toujours droite / FN) est encore plus minoritaire et ne représente que 30% des cas, contre 28% pour les triangulaires (gauche / droite / FN), 23% pour un duel gauche / droite et 16% de duels gauche / FN.



Géographiquement, la configuration gauche / droite se concentre dans quatre zones du territoire. Deux de ces zones abritent 60 à 70% des duels gauche / droite, quelle que soit l’hypothèse de participation :

  • en Ile-de-France : 57 à 61 cas, selon l’hypothèse de participation, soit une région qui représente 36% à 47% de cette configuration ;
  • dans l’ouest (Bretagne et Pays de la Loire) : 28 à 41 cas, selon l’hypothèse de participation.

Deux autres univers géographiques concentrent la majeure partie des cas supplémentaires de duels gauche / droite dans l’hypothèse d’une faible participation (type régionales 2015) :

  • la façade atlantique dans le sud-ouest : 16 circonscriptions dans les départements de Gironde, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques ;
  • l'Auvergne et le centre-ouest de la France : 21 circonscriptions dans les départements de l’Aveyron, du Cantal, de la Corrèze, de la Creuse, de la Dordogne, du Lot, de la Lozère, du Puy-de-Dôme, de la Vienne et de la Haute-Vienne, sur les 30 circonscriptions de ces départements.

Ces quatre zones abritent 82% des duels gauche / droite dans l’hypothèse d’une participation type régionales 2015.

Les duels gauche / FN se concentrent eux très largement dans le sud-ouest du pays et la façade méditerranéenne, hors PACA. Dans cette partie du territoire, la droite est en grande difficulté et semble la principale victime de la montée du FN, alors que la gauche résiste, comme l’ont démontré les départementales et régionales 2015. La région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées représente à elle seule 29% de ces seconds tours (33 cas) dans l’hypothèse d’une faible participation (type régionales 2015). Bourgogne-Franche-Comté (13 cas) et les départements de Moselle et Meurthe-et-Moselle (10 cas) sont deux autres zones largement concernées par cette configuration.



L’absence de la gauche et la domination des duels droite / FN concernent principalement le nord-est du pays et la région PACA (carte 3)



Enfin, les triangulaires, dans l’hypothèse d’une participation comparable à celle des législatives 2012, tendent à se diffuser principalement dans l’ouest du pays et les régions Centre-Val de Loire, Rhône-Alpes-Auvergne et l’ancienne région Limousin.



Les législatives devraient donc traduire de manière concrète et brutale la poussée du Front National constatée depuis 2012 (en % des suffrages exprimés) et l’existence de trois blocs électoraux, certes de poids inégal, qui luttent pour la victoire lors des scrutins majoritaires à 2 tours.

Peu d’élus au premier tour, en raison de la tripartition du vote

L’une des conséquences de cette situation est également de ne constater que très peu d’élus au soir du premier tour – 11 - soit un nombre proche de celui de 1997 (7, rappelons qu’à cette époque le nombre de circonscriptions était de 555 en métropole et non de 539). Aucun ne serait issu de la gauche, mais surtout 4 seraient des candidats du FN : deux dans le Pas-de-Calais (11ème et 12ème circonscription), dont Marine Le Pen, ainsi que Marion Maréchal-Le Pen dans le Vaucluse (3ème circonscription) et un dans les Bouches-du-Rhône (12e circonscription, celle de Marignane-Vitrolles). Quatre élus, ce serait déjà deux fois plus que le nombre de députés que compte actuellement le FN.

Le FN peut espérer emporter une soixantaine de circonscriptions

Dans ce nouveau contexte, la présence du FN au second tour devient massive et dépasse de très loin son plus haut historique de 1997 (124 circonscriptions). Selon l’hypothèse de participation prise en compte, le FN pourrait qualifier 351 à 398 candidats au second tour, auquel il convient d’ajouter les 4 élus dès le premier tour, dans chacune de ces hypothèses.

Alors qu’il n’avait jamais dépassé 23% depuis 1988, cela représente un taux de qualification allant de 65 à 74%, supérieur au taux constaté aux départementales de 2015 (55%). Dans les deux hypothèses, il affronterait deux fois plus souvent la droite que la gauche dans le cas de duels. Au final, notre modèle de projection peut laisser espérer au FN l’élection de 58 à 64 députés. Cependant, concernant le FN, ce nombre est toujours délicat à évaluer et peut, dans les faits, être sensiblement inférieur, comme l’ont montré les scrutins de 2015, pour deux raisons principales :

  • primo, parce que gauche ou droite décident de se retirer dans l’hypothèse de triangulaires. Toutefois, cela ne devrait pas impacter tant que cela le résultat, la projection que nous avons réalisée ne trouvant que 5 circonscriptions dans lesquels le candidat FN serait élu à l’issue d’une triangulaire ;
  • secundo, par la mise en place d’un appel à "faire barrage au FN", qui peut soit faire bouger les reports de voix du camp éliminé à l’issue du premier tour, soit conduire à une mobilisation d’abstentionnistes qui voteraient moins pour le FN que pour son concurrent, deux phénomènes observés lors des régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA.

Reste que le FN peut, pour la première fois dans le cadre d’une élection législative au scrutin majoritaire, espérer en 2017 former un groupe à l’Assemblée nationale. Enfin, les circonscriptions dans lesquelles le FN l’emporterait seraient réparties quasiment à part égale entre des cas où il affronterait la droite et des cas où il affronterait la gauche.



La majorité absolue pour un Président issu de la droite n’est pas garantie

La droite peut elle espérer remporter entre 266 et 292 sièges sur les 539 circonscriptions de métropole. La majorité absolue se situant à 289, même en ajoutant les circonscriptions ultra-marines et des Français de l’étranger, dans l’hypothèse d’une participation comparable à 2012, ce seuil ne serait pas dépassé. Dans cette configuration, pour y parvenir, un futur Président de droite aurait donc besoin probablement d’un effet d’entrainement de la présidentielle, phénomène probable et qui rappelle à quel point désormais les législatives sont devenues principalement des élections de confirmation.

La gauche confrontée à l’éclatement de son offre

Précisons que le travail effectué ne permet d’évaluer la situation de la gauche dans ce scrutin que dans l’hypothèse où elle perdrait la présidentielle. Une élection de son candidat en 2017 impliquerait une telle évolution du rapport de force en deux ans que cette projection en deviendrait caduque.

Comme aux départementales de mars 2015, le danger pour la gauche est de perdre ce scrutin dès le premier tour. Ainsi, la gauche ne serait présente que dans 301 à 363 circonscriptions, ce qui signifie a contrario qu’elle ne pourrait pas défendre ses chances au second tour dans un tiers ou plus des circonscriptions, selon l’hypothèse de participation. Il est très difficile de s’imposer dans ces conditions avec un scrutin majoritaire.

Cette absence massive au second tour serait historique : en 1993, lors du plus mauvais résultat de la gauche dans des législatives depuis 1988, seules 120 circonscriptions environ n’avaient pas de candidat de gauche au second tour. Cette difficulté est certes la traduction de la baisse du nombre de suffrages exprimés recueillis par les candidats de gauche depuis 2012 lors des différents scrutins. Mais elle s’explique tout autant par l’incapacité de la gauche, comme aux départementales et régionales 2015, à se rassembler dès le premier tour. Sans accord électoral, les législatives 2017 s’annoncent périlleuses pour une gauche qui aurait perdu l’Elysée. Pour autant, en dépit de ces difficultés, rien n’indique, même en cas de défaite à la présidentielle, que la gauche et le PS soient condamnés à un remake de 1993. Dans notre modèle de projection fondé sur les seconds tours de 2015, elle peut espérer l’emporter dans 188 à 208 circonscriptions, soit une situation plus proche de 2007 que de 1993 ou 2002. Un effet supplémentaire de la progression du FN, qui rend plus difficile pour la droite l’obtention d’une majorité massive.

Synthèse : les 4 enseignements à retenir

  1. au global, l'effondrement des duels droite-gauche (122 contre 420 en 2012), la hausse des triangulaires (151 contre 33 en 2012) et surtout des duels Droite/FN (163 contre 9) ;
  2. pour la gauche, l'absence au second tour dans 176 à 238 circonscriptions (bien plus que les 120 de 1993) mais elle pourrait remporter près de 200 sièges ;
  3. pour la droite, l'obtention d'une majorité à l'Assemblée nationale mais sans certitude de majorité absolue (266 à 292 élus) ;
  4. pour le FN, la présence dans 351 à 398 circonscriptions au second tour (bien au-delà des 124 de 1997) et la perspective d'un groupe parlementaire avec près d'une soixantaine d'élus.

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1 Les données historiques sont issues de l’article de Jérôme Jaffré, « La décision électorale au second tour : un scrutin très serré », paru dans la Revue Française de Science Politique, n°47, juin-août 1997 et de nos propres calculs

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Cette entrée a été commentée 2 fois

Rédigé par: phil endre

Le 19/02/2017

tissu d'ânerie Et il faudrait que l'auteur apprenne à parler. Il n'y a pas de "impacter" (mot inexistant), "au final" (énorme erreur grammaticale) ou "remake" (anglicisme) dans la langue française !! Quel gros nul !!!

Rédigé par: Thierry Bocquet

Le 02/03/2017 à 17h38

Ainsi, vue la solidité des fiefs des uns et des autres, aucun parti ou alliance entre partis n'aurait la majorité au parlement en 2017 ? Pouvons nous déjà imaginer le président Macron appelant MLP au poste première ministre ? Non, je crois qu'il préférerait appeler un LR. Ou qui sait ? Peut-être Hamon ? Il serait alors le continuateur de Hollande. Pas de bras de fer entre l'Elysée et le parlement, alors ? Et pour l'attribution des postes ministériels ? En tout cas, si, au parlement, la gauche est en position d'arbitrer entre les droites, la droite entre le FN et la gauche, et le FN entre la gauche et la droite, Macron ne pourra utiliser le 49-3 qu'après avoir négocié - sinon, il sera immédiatement sanctionné. Ce seront des marchandages permanents entre parlementaires, notamment pour les votes des lois de finances. Un vrai retour à la 4ème république.

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