Opinion Way
17/12/2018
Le remaniement ministériel : Quels effets sur l’opinion ?
Par Antoine Buisson / 31-10-2014 / 0 Réactions


Le remaniement : un outil très utilisé sous la Vème République

Nommé au poste de Premier ministre à la fin du mois d’août par un Président de la République pâtissant d’un niveau de confiance historiquement bas, Manuel Valls était attendu comme une bouffée d’oxygène pour François Hollande. Quelques mois après la prise de fonction du 20eme Premier ministre de la Vème République se pose la question des effets réels des remaniements ministériels sur l’opinion publique.

Rappelons qu’un remaniement ministériel consiste « à modifier la composition du Gouvernement pendant la durée du mandat de l’Assemblée (législature) sans pour autant provoquer sa démission. (…) et peut concerner un nombre important de membres du Gouvernement, et le Premier ministre lui-même 1 ».

Depuis 1958, les 7 Présidents qui se sont succédé ont eu recours aux services de 20 Premiers ministres et de 38 gouvernements2. Tous sans exception ont donc connu plusieurs gouvernements. Nicolas Sarkozy est le seul à avoir conservé son Premier ministre pendant la totalité de son mandat. Très utilisé par les Présidents de la Vème République, le changement de Gouvernement ne constitue qu’une part mineure des remaniements ministériels. Dans la majorité des cas, le Premier ministre ne présente pas sa démission (son gouvernement ne prend donc pas fin), seuls un ou plusieurs Ministres ou Secrétaires d’Etat sont concernés. Ainsi, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, François Fillon a effectué 19 remaniements différents durant son passage à Matignon mais il n’a présenté sa démission qu’à 2 reprises.

S’il est répandu sous Vème République, le remaniement ministériel, acte politique fort, peut-il et doit-il être considéré comme un levier d’action sur l’opinion publique ? L’écho qu’il rencontre est-il en adéquation avec les importants efforts de communication qui le précédent, l’accompagnent et le suivent ?

L’intensité du signal politique émis est difficilement comparable entre les remaniements qui ont vu le Premier ministre se maintenir (qu’il ne démissionne pas ou bien qu’il soit immédiatement reconduit) et ceux qui ont amené un homme neuf aux responsabilités. Il nous a donc semblé nécessaire de faire la distinction entre ces deux types de remaniements.

Compte tenu du nombre important de remaniements depuis le début de la Vème République, nous nous concentrons sur ceux qui ont eu lieu sous le mandat de Nicolas Sarkozy et de François Hollande et plus particulièrement sur ceux qui ont au moins concerné un ministre. Nous mettons ainsi de côté ceux liés uniquement à des secrétaires d’état.

Les données de références sur lesquelles nous nous appuyons sont issues du Baromètre CLAI-Metronews-LCI du changement dans l’action politique. Réalisé mensuellement et en continu depuis 2007, cet outil est le plus adéquat pour révéler d’éventuelles évolutions de la satisfaction au fil des remaniements successifs.

Le remaniement avec le même Premier ministre : aucun effet perceptible

Certains remaniements sont intimement liés au fonctionnement des institutions françaises. Ce sont notamment ceux qui interviennent à l’issue des élections législatives suivant l’élection d’un Président de la République. Traditionnellement, le Premier ministre remet sa démission au Chef de l’Etat, démission dite « de courtoisie », avant d’être immédiatement renommé. Si le Gouvernement peut tout de même être ajusté en fonction des résultats de l’élection, ces remaniements sont inscrits dans les pratiques institutionnelles et n’ont pas d’influence significative sur l’opinion.
Si l’on s’intéresse au mandat de Nicolas Sarkozy, on constate qu’aucun des remaniements ayant concerné au moins un ministre n’a eu un effet bénéfique durable sur la satisfaction des Français à l’égard du Président et du Premier ministre. Dans tous les cas, la tendance observée sur le long terme se poursuit sans infléchissement majeur. Même le remaniement en profondeur de novembre 2010, longtemps attendu, qui devait lancer la dernière phase du quinquennat et préparer l’élection présidentielle de 2012, n’a eu que peu de répercussions sur cet indicateur. On enregistrait, quelques semaines après ce remaniement, un taux de satisfaction de 45% à l’égard de l’action du Premier ministre, un score qu’il n’atteindra plus jamais jusqu’à la fin de ses fonctions.






Jusqu’à présent, sous le mandat de François Hollande, les remaniements mis en œuvre par Jean-Marc Ayrault n’ont pas eu plus d’impact sur la satisfaction des Français. Ils n’ont permis ni au Président, ni au Premier ministre d’avoir un niveau de satisfaction supérieur à 30% de mars 2013 à mars 2014, date la démission de Jean-Marc Ayrault.


Le changement de Premier ministre : un effet très limité


A la recherche d’un second souffle, un Président de la République peut souhaiter un changement de Premier ministre. La nomination à Matignon de Manuel Valls en avril 2014, quelques jours après la déroute des élections municipales, devait produire un effet de ce type. Ce remaniement est différent de ceux vus précédemment, Manuel Valls bénéficiant avant sa nomination d’un niveau de satisfaction élevé parmi les membres du gouvernement et d’une présence médiatique importante. Il était légitime de penser que François Hollande bénéficierait, du moins en partie, de cette popularité importante.






Les faits ont démenti cette hypothèse. Quelques jours après sa prise de fonction, la satisfaction accordée à Manuel Valls s’établissait à 47%, soit un niveau deux fois plus élevé que celui du Président et 21 points supérieur à celui de son prédécesseur. Pourtant, dans les mois qui ont suivi, le niveau de satisfaction à l’égard de François Hollande est resté au plus bas quand celui de Manuel Valls n’a, dans le même temps, cessé de chuter pour flirter avec les 30% (soit une baisse de 15 points en l’espace de quelques mois) et se rapprocher de celle du Président.


Pourquoi si peu d’effets sur l’opinion ?


Le faible impact des remaniements sur la confiance à l’égard des Présidents de la République et des Premiers ministres peut paraitre surprenant compte tenu de leur fréquence. Cependant les Français se montrent très lucides sur le fait qu’un remaniement ne suffit pas à rétablir la confiance envers l’exécutif. En novembre 2010, soit quelques jours avant le remaniement ayant conduit au troisième gouvernement Fillon, 78% des personnes interrogées estimaient que le prochain remaniement ne permettrait pas à Nicolas Sarkozy de retrouver la confiance des Français.

Si le remaniement ministériel n’est pas un outil permettant de rétablir la confiance, c’est parce qu’il constitue souvent une réponse perçue comme insuffisante à la situation d’insatisfaction existante. C’est d’ailleurs pour cela qu’en mars 2014 une majorité de Français était dubitative sur les effets économiques du remaniement 3.



Pour les Français, changer les membres du Gouvernement n’est pas synonyme de changement de politique. Jugée plus efficace, la dissolution de l’Assemblée Nationale a souvent eu la faveur des Français au cours des derniers mois. En avril et novembre 2013 dans des sondages4 réalisés par OpinionWay pour Le Figaro, la mise en œuvre de l’article 12 de la Constitution constituait l’option privilégiée par les Français (39% en novembre et 33% en avril), devant le remaniement avec ou sans changement de Premier ministre ou bien le maintien du Gouvernement.

Cette aspiration à la dissolution de l’Assemblé Nationale, qui parait plus porteuse aux yeux des Français s’explique par le fonctionnement même des institutions de la Vème République. Le Président, élu au suffrage universel, a tout pouvoir de choisir le Premier ministre qu’il souhaite pour tenir le cap défini. Pour les Français, il est ainsi celui qui, in fine, est responsable de l’action engagée. Cela explique que la logique de transfert de popularité s’effectue du Président de la République vers son Premier ministre et non l’inverse. Sauf dans le cas d’une cohabitation, le changement de Premier ministre n’est plus associé, du moins dans les perceptions, à un véritable changement de politique.

Pour conclure, soulignons le décalage entre l’importance accordée aux remaniements ministériels dans les médias et leurs effets très faibles dans l’opinion des Français.


Antoine Buisson
Chef de Groupe
Département Opinion
abuisson@opinion-way.com


-------------------------------------------------------

1Source : www.vie-publique.fr


2 En prenant en compte le Gouvernement Valls-2 qui a débuté le 25 août 2014.


3 Sondage Tilder-LCI-OpinionWay réalisé en ligne les 5 et 6 mars 20014 auprès d’un échantillon représentatif de 1002 Français.


4 Sondages Le Figaro-OpinionWay réalisés les 13 et 14 novembre et les 4 et 5 avril 2013 auprès d’échantillons représentatifs de 1000 Français.


» Retour...

Cette entrée a été commentée 0 fois

Aucun commentaire.

 

 

 

 

 

WCZYTYWANIE