Opinion Way
17/12/2018
Sénatoriales 2014 : quel résultat dimanche ?
Par Bruno Jeanbart / 26-09-2014 / 0 Réactions


Dimanche, se dérouleront les élections Sénatoriales, les premières et les seules du quinquennat de François Hollande. La moitié des sièges sont remis en jeu (178).
Depuis une dizaine d’années, la gauche ne cesse de progresser dans la Haute-Assemblée, si bien qu’elle en a emporté la majorité en 2011, pour la première fois depuis les débuts de la Vème République (actuellement, 178 sièges contre 161 pour la droite). Cette progression est à la fois le résultat de l’évolution du mode de scrutin des sénateurs (renforcement de la part élu au scrutin proportionnel de liste) et des succès considérables remportés par la gauche lors des élections locales de 2004 à 2011.
Ce court papier vise à évaluer la modification du rapport de force entre Gauche (PC/Parti de Gauche/MRC/PS/Verts et Radicaux) et Droite (UDI et UMP) au sein du Sénat à l’issue du scrutin de dimanche. Pour cela, j’ai analysé chaque département concerné par le renouvellement de cette année (voir la note méthodologique ci-dessous), afin d’aboutir à une projection de la future assemblée.

Une situation de départ favorable à la gauche


A priori, le renouvellement de 2014 est plus à risque pour la droite que pour la gauche : cette dernière ne remet en jeu que 82 sièges contre 93 détenus actuellement pour la droite (dont 3 vacants). Par ailleurs, la gauche devrait bénéficier de nouveau du changement de mode de scrutin : 17 sièges passent à la proportionnelle cette année. Si les sièges renouvelés sont en partie issus de 2008 (38 départements si l’on se focalise sur la métropole), scrutin déjà favorable à la gauche, une partie d’entre eux sont issus du collège de 2004, soit une date antérieure à la vague rose municipale de 2008. Il y a donc encore potentiellement beaucoup de sièges à perdre pour la droite lors de ce renouvellement.
Ainsi, dimanche, le passage à la proportionnelle affecte 9 départements dans laquelle la droite détient actuellement les trois sièges contre seulement 2 dans lesquels la gauche détient tous les sièges. Mécaniquement, la gauche bénéficiera donc d’un gain dans ces 17 départements, qui représentent 51 sièges : il est en effet difficile pour un camp, avec le mode de scrutin proportionnel, d’emporter les trois sièges (même si cela n’est pas impossible, la Vendée pouvant en être en 2014 l’illustration).

Mais un contexte qui doit permettre à la droite de progresser


Mais l’évolution du mode de scrutin n’est pas le seul élément à prendre en compte pour tenter d’évaluer les résultats de dimanche. Deux autres phénomènes pèseront fortement, l’un purement quantitatif et l’autre plus qualitatif.
Quantitativement, le corps électoral dimanche sera impacté par les résultats des municipales de mars dernier. Les Sénatoriales sont, rappelons-le, une élection au suffrage indirect. La constitution de ce corps électoral est plus complexe qu’on ne le dit parfois : ce sont à la fois des élus (locaux ou nationaux) mais également des délégués désignés par les élus municipaux. L’article du Monde accessible ici résume bien ces règles de désignation complexes en une infographie.

Or, avec un solde négatif de 150 villes de 10.000 habitants et plus (villes perdues – villes conquises), la gauche perd un nombre considérable de grands électeurs potentiels. Cela devrait se traduire en conséquence par la perte d’un certain nombre de sièges dans des départements où les basculements de municipalité furent multiples. C’est le cas par exemple en Dordogne, où la droite ne compte actuellement aucun sénateur mais où elle a conquis en mars Périgueux et Bergerac. Ce sera également le cas lorsque que la grande ville pèse très lourdement dans le corps électoral du département, comme dans le Territoire de Belfort, avec la conquête par l’UMP de Belfort (20% du corps électoral environ).
D’après mon modèle, 15 départements métropolitains doivent permettre à la droite de gagner des sièges pour cette raison.


Reste une considération plus qualitative : en 2011, la droite a clairement pâti dans le scrutin sénatorial à la fois de l’impopularité présidentielle (30% à la date de l’élection, un des niveaux les plus bas du quinquennat) et du mécontentement à l’égard de l’action gouvernemental concernant les collectivités territoriales (baisse des dotations budgétaires, réforme territoriale). Trois ans plus tard, la nouvelle élection se déroule dans un contexte semblable et les conséquences devraient être les mêmes : la baisse des dotations aux collectivités et les réformes de la carte territoriale (regroupement régional, redécoupage des cantons) suscitent de très fortes interrogations parmi les élus locaux. Mais cette fois, c’est la gauche qui devrait subir ce mouvement d’humeur.

Une inconnue essentielle


Soulignons toutefois que dans une élection sénatoriale, la discipline à l’intérieur de chaque camp peut jouer un rôle important dans l’attribution de sièges marginaux. Comme toujours, les grands partis affrontent de nombreuses dissidences, souhaitées parfois, subies souvent. La capacité, dans les départements à scrutin majoritaire, à éviter les maintiens des distancés au second tour et dans les départements à scrutin proportionnel, à provoquer le vote utile impactera la composition finale de l’Assemblée. Sur ce plan, la droite fut souvent handicapée dans le passé par ces désunions. Cette année, la gauche peut également en être victime, dans un contexte sénatorial spécifique, la majorité de gauche s’étant divisé sur le vote de nombreux textes ces derniers mois.

Projection


Au final, mon modèle prévoit un gain de 9 sièges pour la droite et une perte de 11 sièges pour la gauche. L’écart entre les deux s’explique par le fait qu’il attribue un siège au FN (dans les Bouches-du-Rhône) et qu’il anticipe la perte d’un siège en Haute-Corse au profit d’un potentiel non inscrit (nationaliste probablement). Ce dernier résultat est cependant à prendre avec beaucoup de précautions compte tenu de la spécificité du jeu politique en Corse.
Tout cela donne une Haute-Assemblée dont le rapport de force Gauche / Droite serait le suivant dimanche :



Enfin, voici la carte de l’élection, avec indication par département des mouvements attendus :


Méthodologie :

Le modèle ayant permis d’aboutir à ce résultat repose sur trois principes : une forme de stabilité électorale parmi les grands électeurs, les évolutions du profil « politique » des grands électeurs et l’offre électorale 2014. Il a été élaboré à partir des résultats de 2008 ou 2004 (dernier renouvellement du siège) et des candidatures déposées, consultables ici. A partir de ces données, j’ai travaillé en trois temps.
Dans un premier temps, dans chaque circonscription où le mode de scrutin a été changé (de majoritaire à proportionnel), le résultat du scrutin précédent a été recalculé pour obtenir un résultat hypothétique par force politique.
Dans un second temps, le résultat du scrutin précédent a été ajusté selon l’évolution du profil « politique » des grands électeurs, en imputant l’impact des élections municipales dans les villes de 10.000 habitants et plus.
Enfin, pour finir, le résultat modifié du scrutin précédent a été appliqué à l’offre électorale de 2014, en maintenant le rapport de force précédent (sur la base des étiquettes politiques attribuées par le Ministère de l’intérieur).

Cette méthodologie souligne la limite de l’exercice : le modèle ne prend pas en compte (et ne peux pas le faire) l’impact de l’état d’esprit actuel des grands électeurs (attitude vis à vis du gouvernement, des réformes, etc.).
En effet, nous ne disposons pas de données d’intentions de vote par l’intermédiaire de sondages, comme lors d’une élection classique, permettant d’approcher une évolution du rapport de force au sein de cet électorat. Dès lors, intégrer ce principe reviendrait à ne pas se limiter aux données mais à prendre en compte un critère subjectif donc peu rigoureusement quantifiable.
Comme le contexte politique pèsera obligatoirement sur le vote dimanche, il y aura bien évidemment des décalages avec la projection calculée ici (qui seront le plus souvent en faveur de la droite en toute logique).

Précision : je n’ai pas intégré dans cette analyse l’élection partielle en Mayenne qui se tiendra en même temps (mais le siège devrait rester UDI).



Hémicycle du Sénat (Crédits : Sénat, Creative Commons)

» Retour...

Cette entrée a été commentée 0 fois

Aucun commentaire.

 

 

 

 

 

WCZYTYWANIE