Opinion Way
17/12/2018
Municipales : A J-2, les clés du scrutin
Par Bruno Jeanbart / 21-03-2014 / 0 Réactions

Le premier tour de l’élection municipale dimanche est le premier scrutin depuis l’alternance de 2012 et sera donc particulièrement ausculté. A deux jours du vote, petit décryptage pour mieux comprendre les enjeux de cette élection, à partir d’une enquête nationale effectuée les 19 et 20 mars et d’analyses électorales basées sur les précédents scrutins.


1 Un nouveau record d’abstention

Depuis 2008, la hausse tendancielle de l’abstention a repris son cours, après la « parenthèse enchantée » 2002/2007. Dimanche, nous enregistrons un nouveau record d’abstention, ne serait-ce que pour des raisons techniques. En effet, aux municipales, on vote d’autant plus que la commune est de petite taille. Jusqu’en 2008, dans les communes de moins de 3500 habitants, on utilisait le scrutin plurinominal majoritaire. En abaissant le seuil d’application de ce mode de scrutin aux communes de moins de 1000 habitants, l’abstention va mécaniquement augmenter. D’après nos calculs, basés sur le scrutin de 2008, cela conduit à une hausse de l’abstention de 3 points, à participation constante.

A cette augmentation « technique », devrait s’ajouter une seconde hausse, plus politique elle. La campagne a suscité un intérêt très limité (51% dans notre enquête), qui n’a pas augmenté depuis décembre. Le climat politique récent, avec sa succession de polémiques, va probablement détourner une partie des électeurs de l’isoloir. Enfin, des Français seront orphelins en terme d’offres politiques et pourraient du coup s’abstenir, puisque certaines forces politiques ne présentent pas de listes dans toutes les communes de plus de 1000 habitants (comme le Front National, qui ne couvre qu’un tiers des électeurs parmi ces communes).
Notre enquête de cette semaine indique que la participation nationale devrait se situer entre 58 et 62%, soit en net recul par rapport à 2008 (entre -8,5 points et -4,5 points). Dans l’hypothèse haute de participation, compte tenu du changement de règle pour le scrutin, cela ne représenterait qu’une faible poussée de l’abstention. En revanche, dans l’hypothèse basse, ce serait une très forte baisse de participation. La barre de 60%, de ce point de vue, sera un enjeu symbolique fort dimanche.

2 L’impopularité du Président se répercutera-t-elle sur le résultat ?

Depuis l’automne 2012, l’impopularité du Président de la République est majoritaire, pour atteindre même des niveaux inédits depuis la fin de 2013. Ce phénomène conduira-t-il les électeurs de droite à se rendre massivement aux urnes pour soutenir leurs candidats et les électeurs de la majorité à bouder en partie le scrutin par désaffection ? Tous les indicateurs de participation l’indiquent à ce stade. Ainsi, dans notre dernière enquête, si on prend le poids moyen de participation, quand 66% des sympathisants PS déclarent avoir l’intention de voter, ils sont 74% parmi les sympathisants UMP. Par ailleurs, 35% des électeurs souhaitent exprimer leur mécontentement à l’égard du gouvernement dans leur vote dimanche, quand 14% seulement pensent exprimer leur satisfaction. Il faut donc s’attendre, au niveau national, à un écart gauche / droite favorable à la droite (46% contre 42% dans notre enquête). Mais pour autant, de nombreuses villes, notamment les plus grandes, étant aujourd’hui bien ancrées à gauche, cela ne se traduira pas forcément par une « vague bleue » en termes de gains de villes. Cela dépendra aussi de la capacité des sortants, dans les villes de gauche, à capitaliser sur leur image et leur bilan local souvent jugé positif. Il y aura sans aucun doute de grandes disparités dans le vote selon la popularité ou non des équipes en place. Il est probable que les grandes villes conquises par la gauche en 2008 soient dimanche soir les plus en ballotage incertain voire défavorable.

3 Quels seront les leviers du vote ?

Depuis cet automne et dans la foulée du « ras-le-bol fiscal » national, la question de la fiscalité locale s’est installée comme le premier enjeu au moment de voter. 46% des électeurs pensent voter là dessus dimanche, à droite comme à gauche (41% parmi les électeurs de Hollande le 22 avril, 50% parmi ceux de Sarkozy). Cet enjeu est particulièrement prégnant au sein des catégories populaires (53% contre 42% chez les CSP+) et des plus de 50 ans (51%). Mais dans la dernière ligne droite, pour la première fois de la campagne, la seconde place n’est plus occupée par la sécurité (30%, -2) mais par le cadre de vie et l’environnement (36%, +5). L’entrée fracassante de la question environnementale à l’occasion du pic de pollution la semaine dernière a donc fait bouger les lignes. Nous sommes passés d’une situation où les deux enjeux dominants étaient favorables à la droite à un contexte plus équilibré, l’environnement demeurant une thématique plus propice à la gauche. Reste à savoir si cela profitera à la majorité et en son sein aux écologistes, notamment dans les très grandes villes lorsqu’ils se présentent de manière autonome.

4 Quelle place pour le Front National dans le scrutin ?

Présent selon notre comptage dans 545 villes de 1000 habitants et plus, qui représentent un tiers du corps électoral de ces communes, le Front National réalisera un score historique pour lui dans ce type d’élection. Notre dernière enquête le situe à 6% d’intentions de vote dans les villes de 1000 habitants et plus. A titre de comparaison, Marine Le Pen avait obtenue en 2012 17,57% dans ce même périmètre (mais était bien entendu présente, elle, partout).

Dans les 545 villes concernées, son score était cependant un peu inférieur, puisqu’il n’était que de 16,22%. Cela signifie que les 6% que nous mesurons au niveau des communes de 1000 habitants et plus positionne le FN dans ces 545 communes à un niveau comparable à celui de la présidentielle. Toutefois, cette moyenne masque des disparités très fortes d’une commune à l’autre. Deux critères permettront de juger le résultat du FN dans ce scrutin :

  • > Le premier, le nombre de villes dans lesquelles il sera en mesure de se maintenir. Les règles électorales pour les municipales sont très favorables, puisque 10% des suffrages exprimés suffisent. Pour tenter d’estimer ce nombre, nous avons mis au point un modèle prenant en compte les résultats électoraux passés de ces communes (2012, 2008 lorsqu’un candidat FN se présentait) et les résultats des enquêtes publiées. A minima, le FN nous semble en mesure de passer les 10% dans un peu moins de 300 communes. Dans une centaine de communes supplémentaires, le maintien du FN pourrait se jouer à quelques voix. En cas de poussée forte dimanche plus forte que celle mesurée à ce jour, ce sont même potentiellement 500 villes qui sont concernées. Nous aurons donc le 30 mars au second tour un nombre record de candidats FN ce qui le positionnera soit en candidat à la victoire, soit en arbitre. Il pourrait notamment priver la droite parlementaire de certaines (re)conquêtes ou lui faire perdre des villes qu’elle détient actuellement.

  • >Le second, c’est évidemment la capacité du FN à l’emporter dans un certain nombre de communes. Sur ce critère, rien ne garantit au parti de Marine Le Pen un résultat historique, compte tenu du précédent de 1995. Aujourd’hui, aucune ville de plus de 100.000 habitants n’apparaît gagnable pour ce parti (alors qu’il avait remporté Toulon en 1995). Dans les autres villes, il semble en situation favorable à Hénin-Beaumont, Saint-Gilles, Brignoles (villes dans lesquelles nous pronostiquons sa victoire) mais aussi à Forbach ou Fréjus. Dans ces dernières, beaucoup dépendra de l’attitude des adversaires du FN et notamment de la mise en place (ou non) de désistements à l’intérieur de chacun des camps ou d’une stratégie de « Front Républicain ». En tout état de cause, le FN peut viser entre 3 et 15 villes le 30 mars. Franchir la barre des 10 villes serait un nouveau signe de sa progression dans les second tours, après l’amélioration de ses scores en situation de duels lors des cantonales de 2011 et les législatives de 2012 (40% de voix en moyenne dans ces deux scrutins au second tour).



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