Opinion Way
17/12/2018
Premier bilan des législatives 2012
Par Bruno Jeanbart / 28-06-2012 / 0 Réactions


Définitivement, les législatives sont des élections de confirmation


Le scrutin des 10 et 17 juin a confirmé que le vote aux législatives est aujourd’hui avant tout un vote de confirmation de la présidentielle. Plusieurs raisons à cela :


> Les Français sont légitimistes, ils souhaitent que le Président élu dans l’élection majeure dispose d’une majorité (52 à 55% pendant toute la campagne) ;
> Contrairement à une idée reçue, les Français sont plutôt contre la cohabitation (55% à la veille du premier tour). Ce qu’ils apprécient, c’est l’idée « Bayrouiste » de faire travailler les deux camps ensemble, pas la cohabitation qui consiste à opposer deux pouvoirs légitimes ;

> Les premiers pas gouvernementaux, plutôt bien accueillis (comme souvent cependant, c’était déjà le cas en 2007), n’ont fait que renforcer cette tendance et n’ont pas laissé à la droite la possibilité d’inverser cette tendance lourde.


Dès lors, la gauche a bénéficié dans ce scrutin d’un phénomène classique de démobilisation du camp adverse dès le premier tour, qui l’a d’autant plus mis en situation favorable que le rapport de force de départ (celui de la présidentielle), était déjà pour elle très bon (43,8%, +7 point par rapport à 2007).
Cela s’est traduit de la manière suivante :


> Une abstention différentielle forte au premier tour entre gauche et droite (30% des électeurs François Hollande se sont abstenus le 10 juin, 35% de ceux de Sarkozy, 39% de ceux de Marine Le Pen) ;

> Au second tour, de mauvais reports de voix FN vers la droite et une part d’électeurs FN qui ont voté pour les candidats de gauche (variable selon les circonscriptions et régions). Logique lorsque 42% des électeurs Le Pen sont contre la cohabitation.



Une amplification entre les deux scrutins


Il n’y a pas eu d’amplification notable entre les deux tours de législatives. Pour mémoire, la projection en siège d’OpinionWay à la veille du premier tour publiée dans Les Echos donnait déjà la majorité absolue PS/DVG/PRG avec 305 sièges (poids moyen de la fourchette), celle du soir du premier tour 308 sièges. On termine à 314 sièges. 6 sièges d’écart n’indique pas une poussée d’entre deux tours, d’autant qu’une partie de ces gains supplémentaires provient du raz de marée constaté dans les Dom-Tom et chez les Français de l’étranger (le rapport de force 8 sièges à 3 dans cette catégorie était quand même inattendu, même après le très bon premier tour).


En revanche, il y a clairement une amplification du rapport de force gauche / droite entre la présidentielle et les législatives. Le tableau ci-dessous indique le rapport de force gauche / droite dans les 417 circonscriptions avec un duel gauche droite à la présidentielle.





Le gain est de 0,8 points pour la gauche entre les deux élections, ce qui est considérable. D’autant qu’en 2007, le rapport de force de second tour était quasi de 50/50 dans les circonscriptions à duel.


Ce résultat est renforcé par la tendance très défavorable à la droite dans les 28 circonscriptions à triangulaire avec le FN. La gauche y fait 38,8%, la droite 37,7% et le FN 23,5%. Résultat, la gauche l’emporte dans 14 de ces circonscriptions, la droite 12 et le FN 2. Or, à la présidentielle, Nicolas Sarkozy l’avait emporté dans 25 de ces 28 circonscriptions, ce qui fait une perte de 13 sièges théoriques pour l’UMP. Seules les circonscriptions qui étaient très à droite ou qui étaient « portées » par un candidat très bien implantées ont « survécu » pour l’UMP à cette configuration.



Le Front National se normalise au second tour


Premier signe : en cas de triangulaires, le FN ne perd quasiment pas de voix. Dans les 28 circonscriptions concernées, il fait 23,5% au second tour en moyenne, contre 24,5% au premier tour. Si l’on se limite au 23 circonscriptions dans lesquelles le FN est arrivé en troisième position, la baisse n’est guère plus importante : il passe de 23,7% à 21,8%. Le vote utile a donc très peu joué. A l’inverse, il progresse dans 4 des 5 circonscriptions dans lesquelles il arrive second ou premier, preuve qu’il est capable de bénéficier d’un vote utile en sa faveur. C’est très clair dans l’une des deux circonscriptions qu’il remporte : Gilbert Collard gagne 4954 voix d’un tour à l’autre (+ 8,25 points) quand le candidat UMP perd 4005 voix. Marion Maréchal-Le Pen gagne elle 3755 voix (+7,5 points), dont la provenance est difficile à évaluer, puisque ses deux adversaires progresse également tandis que le nombre de bulletins exprimés n’augmente que de 1154 voix. Elle a en tous cas bénéficié d’une dynamique de second tour en étant arrivée en tête au premier.


Confirmation des cantonales, le FN continue de progresser lorsqu’il affronte au second tour un candidat de gauche ou de droite en duel (il faisait 35,6% l’an dernier dans les 400 cantons concernés). Le tableau ci-dessous présente les résultats dans ce cas.





Nous sommes encore loin de scores « normaux » de second tour, mais nous sommes loin des 25 à 30% de moyenne constatés dans le passé. Dans 12 de ces 31 circonscriptions, le FN dépasse 40%, dans 4 45% et même dans 2 49% (Marine Le Pen atteint 49,89%). C’est en partie dû à une abstention supérieure de 4 points dans ces 31 circonscriptions mais également à un taux de blancs et nuls supérieur de 2,2 points à celui constaté dans les circonscriptions à duel classique. Paradoxalement, le ni-ni de l’UMP n’a pas eu grand effet puisque les suffrages exprimés ont dépassé 50% quand la gauche affrontait le FN (51,5%) tandis qu’ils n’étaient que de 43,9% lorsque c’est la droite qui était opposé à l’extrême droite, soit 8 points de moins.


Dernière chose, histoire de tordre le cou à tout ce qui a été dit sur ce sujet depuis 2010 : les législatives 2012 confirment que les redécoupages électoraux ne sauvent jamais une majorité. Pour preuve, la droite pensait emporter la mise en créant des députés de l’étranger et elle perd 8 des 11 circonscriptions.



Bruno JEANBART

Directeur Général adjoint







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